La lettre ne désigne aucun responsable nommément et n’annonce aucun ralliement à une autre formation
Dans une lettre datée du 6 novembre 2026 à Mora, Adder Abel Gwoda annonce sa démission du Rassemblement démocratique du peuple camerounais. Le professeur titulaire des universités renonce également à ses fonctions de délégué à la communication de la section RDPC Mayo-Sava Nord.
LETTRE DE DÉMISSION DU RASSEMBLEMENT DÉMOCRATIQUE DU PEUPLE CAMEROUNAIS (RDPC)
Mora, le 6 novembre 2026
À l'attention de Monsieur le Président ai de la Section RDPC, Mayo-Sava Nord
Objet : Démission du RDPC
Monsieur le Président,
Il est des décisions que l'on ne prend ni dans la colère, ni sous le coup d'une déception passagère. Elles mûrissent lentement, au fil des années, des désillusions accumulées et des convictions que l'on finit par ne plus pouvoir sacrifier. La présente lettre est l'expression d'une telle décision : celle de mettre un terme à mon engagement militant au sein du Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais (RDPC).
Mon histoire avec ce parti remonte à mon adolescence. J'avais à peine quinze ans lorsque j'ai rejoint les rangs de l'OJRDPC, au sein du comité de base de Podoko-Sud. Ce premier engagement n'était pas le fruit d'un calcul politique ou d'une ambition personnelle. Il était profondément lié à une histoire familiale douloureuse : celle de ma mère, violentée par des militants d'un parti d'opposition pour avoir simplement arboré la tenue du RDPC. Cet événement avait marqué ma conscience de jeune adolescent et renforcé mon attachement à un parti auquel j'associais alors les valeurs de rassemblement, de tolérance, de démocratie et de construction nationale.
Depuis lors, j'ai parcouru les différentes étapes du militantisme, de la base aux responsabilités au sein de la Section RDPC Mayo-Sava Nord, où j'ai servi pendant plus de douze années. J'ai été de tous les combats politiques, dans les moments de mobilisation comme dans ceux de l'adversité. J'ai consacré du temps, de l'énergie et des ressources financières personnelles au fonctionnement et au rayonnement du parti. J'ai notamment œuvré au rapprochement de nombreux jeunes diplômés des Massifs, dont certains étaient tentés par les formations de l'opposition, avec le RDPC. J'ai cru qu'il était possible de faire de notre parti un véritable instrument de transformation politique et sociale de notre territoire.
J'ai été un militant de cœur et de raison. Je n'ai jamais considéré le militantisme comme une simple appartenance partisane, encore moins comme un moyen d'obtenir des avantages personnels. J'y voyais un engagement intellectuel, moral et citoyen. Nourri par la pensée de mon maître, le Professeur Mono Ndjana, et convaincu de la nécessité d'un changement de paradigme dans la pratique politique, j'avais placé beaucoup d'espoir dans la possibilité d'un véritable renouveau politique dans le Mayo-Sava.
Mais j'avais peut-être été naïf !
Car, avec le recul, force est de constater que les idéaux de « Rassemblement » et de « Démocratie », pourtant inscrits au cœur même de l'identité du RDPC, n'ont pas trouvé, dans notre environnement politique local, la traduction que j'avais espérée. À mes yeux, le fonctionnement politique que nous avons connu a progressivement laissé place à des pratiques de domination, d'exclusion et de confiscation de la représentativité, au détriment de l'esprit de rassemblement auquel nous étions pourtant appelés.
Les conséquences de ces pratiques dépassent largement les querelles internes à un parti. Elles affectent aujourd'hui la cohésion de nos communautés et fragilisent les équilibres sociologiques et institutionnels qui fondent notre vivre-ensemble dans le Mayo-Sava. La place des autorités traditionnelles, le respect des différentes composantes sociologiques et le principe d'une représentation équitable dans les responsabilités politiques et administratives sont autant de questions qui, à mes yeux, ont été insuffisamment prises en considération.
Comment continuer à défendre un idéal de rassemblement lorsque des communautés entières ont le sentiment de ne pas avoir leur place dans les espaces de représentation et de décision ? Comment continuer à porter le discours de la démocratie lorsque le pluralisme des opinions et la reconnaissance des différentes composantes de notre territoire semblent céder le pas à des logiques de domination ? Comment continuer à croire en des personnes qui marginalisent nos chefs traditionnels ? Comment appeler les jeunes à croire en l'engagement politique lorsque les pratiques observées finissent par éloigner précisément ceux qui devraient en constituer l'avenir ?
Ces interrogations m'accompagnent depuis plusieurs années.
Voilà plus de quatre ans que j'ai pris mes distances avec la participation politique de terrain. Ce retrait n'était ni un oubli de mon histoire militante, ni une simple parenthèse. Il a été un temps de réflexion, d'observation et d'introspection. J'ai longtemps hésité, par fidélité aux camarades avec lesquels j'ai cheminé, par respect pour les engagements pris et, surtout, par attachement à l'espoir qui m'avait conduit à rejoindre ce parti dans ma jeunesse.
Mais la fidélité à une organisation ne saurait exiger le renoncement à ses propres convictions. La loyauté envers une histoire militante ne doit pas devenir une obligation de silence face à ce que la conscience réprouve.
C'est donc en mon âme et conscience, après une longue période de réflexion, que je décide aujourd'hui de mettre officiellement fin à mon appartenance au RDPC et de renoncer, par conséquent, à mes fonctions de Délégué à la Communication de la Section RDPC Mayo-Sava Nord.
Je pars sans renier les années consacrées à cet engagement. Je ne regrette ni les sacrifices consentis, ni les combats menés, ni les amitiés nouées. Je regrette simplement que l'idéal auquel j'avais adhéré avec tant de conviction n'ait pas suffisamment trouvé son expression dans les pratiques politiques auxquelles j'ai été confronté.
Je voudrais adresser mes sincères remerciements à tous les camarades, de ma cellule à la section, avec lesquels j'ai partagé ce long parcours de militantisme, d'abnégation et d'espérance. Je garde une profonde reconnaissance pour les femmes et les hommes qui, dans la sincérité de leur engagement, ont travaillé à nos côtés et partagé le rêve d'une autre manière de faire la politique dans le Mayo-Sava. Les amitiés construites au fil de ces années demeureront précieuses et ne sauraient être effacées par une divergence de convictions politiques.
Je quitte un parti, mais je ne renonce ni à mes convictions, ni à mon attachement au Mayo-Sava et en ses populations, ni à mon devoir de citoyen. Mon engagement pour la dignité des communautés, la justice dans la représentation, la cohésion sociale et le développement de notre territoire demeure entier. Il ne saurait être la propriété exclusive de quelques individus.
À quinze ans, j'avais rejoint le RDPC avec l'espoir de contribuer à bâtir une société plus juste et plus solidaire. Aujourd'hui, après tant d'années, je quitte cette organisation avec la même exigence : celle de rester fidèle à mes convictions, même lorsque cette fidélité impose de prendre ses distances avec une organisation à laquelle on a consacré une partie importante de sa vie.
L'histoire retiendra peut-être mon parcours militant. Ma conscience, elle, sait pourquoi je pars.
Veuillez recevoir, Monsieur le Président ai, l'expression de ma considération distinguée.
Adder Abel GWODA, Ph. D.
Professeur titulaire des Universités
Ancien Délégué à la Communication
Section RDPC Mayo-Sava Nord